nak'n roll

"Nak c'est trop de la balle" Dostoïevski

07 octobre 2009

Bientôt le retour d'Ellroy

Grande nouvelle, le tant attendu troisième volume de la la trilogie Underworld USA est sortie aux Etats Unis. Ellroy poursuit dans Blood’s Rover sa plongée dans l'histoire secrète des USA et sa destruction du mythe américain et de ses acteurs.

Bonne nouvelle il doit sortir traduit en français le 6 janvier 2010 chez Rivages. Quelques mois d'attente fébrile en perspective...

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Pour un avis sur ce nouvel opus voir ICI.

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14 septembre 2009

De l'inégalité parmi les sociétés_ Jared Diamond

Pourquoi les peuplades de chaque continent ont-elles connu des développements si différents ? Pourquoi finalement les européens ont pu envahir sans coup férir l’Amérique en dominant une population qui les écrasait en nombre ? Pourquoi jamais de hordes africaines munies de lances en acier et chevauchant d’invincibles rhinocéros de combat n’ont déferlé sur l’Europe ? C’est à ces questions et bien d’autres encore que Jared Diamond essaie de répondre dans son ouvrage intitulé De l’inégalité parmi les sociétés (Folio essais), étude qui précède Effondrement (voir la chronique ICI).

 

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Le professeur américain s’attache à rechercher et à constater les causes premières qui finirent par aboutir aux différences sociétales colossales que nous connaissons depuis l’époque moderne. Il fonde son travail sur les différences environnementales fondamentales qui existaient sur chaque continent quand l’homme sortait de l’âge de pierre et qu’il s’apprêtait à entrer dans le néolithique. Ces différences ont grandement influencé le sort des hommes. Jared Diamond combat et annihile les critères raciaux ou génétiques que certains ont pu mettre en avant par le passé.

 

Toute sa théorie est fondée sur l’essor de la production alimentaire qui permit le développement des premières sociétés agricoles. Une fois ce pas franchi la machine s’emballe et les sociétés se développent toujours plus. Des critères locaux donnèrent de meilleures cartes à certains, leur permettant un départ plus précoce. C’est ainsi que l’Eurasie combine la totalité des critères favorables au développement contrairement à tous les autres continents. L’Eurasie disposait dès le départ d’espèces végétales nombreuses, très nourrissantes et aisément cultivables et sélectionnables. Au contraire, il fallut des milliers d’années pour que les amérindiens parviennent à développer un maïs à haute valeur nutritionnelle bien éloigné des propriétés du maïs sauvage. De même, l’Eurasie comptait un nombre d’espèces animales dociles, habituées à vivre en troupeau et susceptibles de nourrir un grand nombre de personnes tout en fournissant une force de travail supplémentaire (vaches, moutons, chèvres), alors que sur les autres continents (hormis l’Afrique qui elle dispose d’un grand nombre d’espèces malheureusement seulement domptables et non domesticables) le nombre d’espèces potentiellement domesticables est bien plus faible : aucune en Océanie (le chien fut introduit bien plus tard par les peuplades venues d’Asie) et seulement le dindon, la lama et le… cochon dinde en Amérique.


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Cet afflux de nourriture, lié à l’essor de l’agriculture et de l’élevage, a permis le développement de sociétés toujours plus complexes où quelques hommes suffisaient pour nourrir leurs semblables qui, eux, pouvaient se spécialiser dans d’autres tâches moins vitales. Ainsi libéré, l’homme a pu développer des innovations techniques (écriture pour comptabiliser les rentrées agricoles etc.) et mettre en place des systèmes politiques toujours plus élaborés (bande, tribus, chefferies, Etat) débouchant finalement sur un système kleptocratique (où l’accaparement de la plupart des biens par une élite qui impose sa loi (et ce quelle que soit la manière dont cette élite légitime sa domination (force, intelligence, sagesse, religion, élection divine, naissance, démocratie etc.)).

En outre, l’Eurasie est le seul continent orienté selon un axe horizontal (Ouest-Est) sans barrière climatique (on peut s’échanger facilement les plantes entre l’Europe et l’Asie) et géologique majeure (L’Himalaya n’en est pas une : cf. la route de la soie, les steppes du centre de l’Eurasie et les échanges maritimes). Au contraire les autres continents sont plus petits et orientés selon un axe vertical où les climats varient à l’extrême. En Afrique le désert et la jungle (et la mouche tsé-tsé) coupent le continent en deux ; idem en Amérique avec l’isthme de Panama, les jungles d’Amérique centrale et d’Amazonie, le désert mexicain ; quant à l’Océanie ce n’est quasiment qu’un désert ! Ainsi, l’européen et l’asiatique pouvaient échanger cultures, espèces et techniques sans difficultés dans ce vaste espace favorisant l’émulation (il n’y a que quelques foyers « premiers » d’écriture, celle-ci se développe ensuite par imitation ce qui explique le quasi-monopole de l’Alphabet phénicien) et l’absorption des sociétés primitives par leurs consœurs plus avancées.

De plus, la domestication précoce d’espèces animales grégaires a transmis de nombreuses maladies à l’homme eurasien qui, lui, s’est immunisé contre elles. Ces maladies devinrent l’allié des populations « développées » quand celles-ci se propagèrent partout sur Terre. L’exemple le plus connu est celui des amérindiens que les maladies venues d’Europe décimèrent bien plus que les lames d’acier et les canons des conquistadors. Un processus de contamination qui, selon Jared Diamond, s’est produit à d’autres périodes plus anciennes de l’histoire de l’humanité.

Dotées de ces avantages, les populations « chinoises » et leur modèle sociétal (presque aussi précoce que celles du croissant fertile) se sont propagées dans tout l’extrême orient, l’Europe a envahi l’Amérique, les populations noires bantoues d’Afrique de l’Ouest se sont répandues dans l’Afrique subéquatoriale aux dépens des peuples Khoisans (bushmen) et Pygmées etc.

 

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Voilà de façon extrêmement simplifiée ce que développe Jared Diamond dans son étude magistrale et passionnante, même si certains passages (étude et rigueur scientifique oblige) peuvent paraître assez longs ou fastidieux pour le néophyte. Une théorie fondée sur un déterminisme certain (l’environnement a joué un rôle déterminant dans l’évolution des sociétés) même si l’auteur lui-même n’oublie pas l’homme, son génie et son libre arbitre.

PS : photos de Marc Dozier.

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10 juillet 2009

Effondrement_Jared Diamond

Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie ?

 

     C’est à cette question que tente de répondre le biologiste, physiologiste et géographe américain Jared Diamond dans son ouvrage majuscule intitulé Effondrement. Dans ce travail qui fait référence, Diamond cherche à déterminer les critères qui expliquent la survie ou l’échec de diverses sociétés humaines. Pour atteindre cet objectif, il s’appuie sur des exemples historiques – Ile de Pâques, les Mayas, certaines îles du pacifique, les colonies viking du grœnland et d’Island, le Japon de l’ère Togukawa – et contemporains – la Nouvelle Guinée, le Rwanda (et les causes écomonico-démographiques du génocide), le Montana et les enjeux dramatiques qui s’annoncent en Chine et en Australie (L’île continent est déjà à la croisée des chemins : elle sera le premier pays du Premier monde à devoir opérer des choix drastiques pour assurer son avenir).

 

effondrement

Cinq critères se dégagent au fil de sa recherche pour expliquer l’échec de certaines sociétés :

- dommages environnementaux (introduction d’espèces exogènes, cultures inappropriées, déforestation (qui a des conséquences généralement extrêmement catastrophiques), érosion etc.)

- changements climatiques (les vikings groenlandais se sont installés à une période propice bien avant le petit âge glacière)

- voisins hostiles

- rapport de dépendance avec des partenaires commerciaux : actuellement notre société de réseaux est totalement dans ce rapport de dépendance

- les réponses apportées par la société elle-même : facteur qui apparaît finalement le plus déterminant.

 

Les problèmes environnementaux ne sont jamais les seuls responsables de l’échec d’une société : ce sont plutôt des facteurs déclenchants mais pas déterminants. Seule la réponse sociétale constitue l’élément clef (les islandais ont survécu malgré leur situation catastrophique car ils ont accepté de sacrifier certaines habitudes liées à leur culture viking, ceux du Grœnland s’y sont refusés et ils ont péri).

Mais le plus grave est que cette réponse est généralement faussée par quelques uns, par les classes dirigeantes ou religieuses qui refusent de bouleverser leur mode de vie privilégié et généralement à la base de leur position sociale dominante. Dans un contexte de crise écologique ou frumentaire le seul privilège du riche ou du puissant est de mourir le dernier mais cela il ne s’en rend compte qu’une fois le seuil fatidique franchi enfermé dans ses palais dorés. Les traditions, parfois millénaires, sur lesquelles se fondent les pouvoirs en place ne sont pas toujours adaptées aux enjeux nouveaux, aux changement environnementaux qui surgissent, aux changement climatiques ou à l’augmentation de la population (dans ce cas précis l’augmentation des besoins augmente de manière exponentielle en comparaison de l’augmentation linéaire de la population : vers 2700 à notre rythme actuel on devrait être 17 au m² sur notre belle planète bleue). Pourquoi les castes dirigeantes de l’Ile de Pâques se sont entêtées à dresser des Moais au prix de tous les arbres de l’île provoquant l’érosion des sols et la fin d’une matière première indispensable à la vie quotidienne (la pêche au large n’était plus possible etc…). A quoi pensait l’homme qui a abattu le dernier arbre ? Avait-il conscience de son acte ou bien avait-il oublié que son île était autrefois boisée ? Pourquoi les Mayas ont continué à édifier leurs monuments gigantesques à la gloire de leur chefs ou de leurs prêtres au prix de dépenses énergétiques colossales alors que la priorité était de travailler dans les champs pour nourrir une population en expansion ? A chaque fois les privilégiés ont imposé leurs vues à court terme, à la manière des nobles de l’Ancien Régime qui par leur entêtement ridicule à conserver leurs privilèges iniques et surannés ont fait sombrer la monarchie toute entière.



Au final, ce qui apparaît fondamental c’est la capacité de chaque société à se remettre en question et à abandonner, le cas échéant, certaines valeurs qui paraissent pourtant fondamentales. L’attitude qui veut que l’on coule avec armes et bagages et certes chevaleresque mais c’est avant tout un suicide, d’autant plus que, généralement, c’est le capitaine, seul, qui décide d’adopter une telle posture. La volonté de ne rien changer ne provient pas d’en bas : la plèbe est la première à ressentir les effets néfastes des changements environnementaux (pollutions de l’eau ou de l’air, maladie : le privilégié s’en moque il habite au-dessus des nuages, boit de l’eau minérale et se paie les meilleurs médecins). Les classes dirigeantes, qu’elles soient politiques, industrielles ou culturelles désirent avant tout s’accrocher à ce qui fondent leur pouvoir (pétrole, dictature de la bourse et de la sacro-sainte marge bénéficiaire, principes républicains et parlementaires, idées des lumières que l’on met à toutes les sauces, népotisme généralisé au dépens, justement de ces beaux principes républicains (os à ronger pour le peuple !), culture de consommation ou quelques décérébrés sont admirés pendant qu’ils se vautrent dans le stupre à nos frais) : peu leur importe si après eux survient le déluge, les guerres énergétiques et autres fléaux. C'est de ce conflit d’intérêts pourrait naître la future révolution qui sera sociale et écologique.

 

DiamondWeb2

My name is Jared Diamond and I'm so cool...

Jared Diamond nous montre dans son ouvrage passionnant que rien n’est perdu même si le compte à rebours et déjà lancé. Rien n’est inéluctable que l’on se place à l’échelle d’une société cantonnée à une île du Pacifique ou de la planète toute entière, même si dans ce cas la complexité des modes de décisions augmente la difficulté. Une prise de conscience collective et généralisée (Jared Diamond croit aux vertus de la démocratie et du lobbying en la matière), l’abandon de certaines habitudes ou postures d’un autre âge (religieuses ou culturelles) et la prise de décisions courageuses (comme le contrôle des naissances) peuvent permettre à l’Humanité de poursuivre son aventure sans trop de dégâts. Dans le cas contraire, elle survivra, peut-être, en s’adaptant bon an mal an au prix de rivières de larmes et de sang.

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03 juillet 2009

Le burke annuel est arrivé

Le dernier ouvrage de James Lee Burke traduit en français vient d'être publié. L'emblème du croisée (Rivages/noir) nous permet de nous replonger avec délice dans les méandres des bayous de la Louisiane où déambulent ses vieux démons en compagnie de l'inaltérable Robicheau . un ouvrage à lire doucement pour que le plaisir dure plus longtemps.


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"J’effaçai presque Ida Durbin de ma mémoire. Mais souvent le péché d’oubli, si c’est bien de cela qu’il s’agissait, est comme le fer rouillé d’une hache enfouie dans le coeur d’un arbre... Il se retrouve un jour ou l’autre, lorsque les dents de la tronçonneuse finissent par mordre dedans."

La confession d’un ancien condisciple d’université, sur son lit de mort, ravive chez Robicheaux le souvenir d’une jeune femme qui a marqué sa jeunesse. Dans les années cinquante, époque d’une innocence à jamais enfuie, Dave Robicheaux et son frère Jimmie avaient rencontré Ida Durbin sur une plage de Galveston au Texas. Elle était ravissante et Jimmie, ignorant qu’elle travaillait dans un bordel lié à la mafia, en était tombé follement amoureux. Puis elle avait brusquement disparu, sans laisser de traces.

Des décennies ont passé et Robicheaux se met à enquêter sur Ida Durbin, ayant la conviction qu’elle a été assassinée. Mais deux policiers au comportement menaçant lui font comprendre qu’il est dangereux de poser des questions sur cette affaire. Entre la série de meurtres horribles qui frappent la Nouvelle-Orléans et l’irruption du puissant Val Chalons et de sa soeur Honoria, Robicheaux doit, une fois encore, mener un combat contre des forces qui le dépassent, les forces du mal incarnées par les grandes familles de Louisiane depuis des générations.

Le nouveau roman de James Lee Burke ne décevra pas les nombreux inconditionnels de Dave Robicheaux. Toujours aussi brillamment écrit, L’Emblème du croisé est un livre riche, ambigu et ensorcelant, une pure émanation de la terre de Louisiane.

"Il y a un ton, un regard, une précision fantomatique du style et de la narration chez James Lee Burke, depuis son premier chef-d’oeuvre, Dans la brume électrique avec les morts confédérés." (Frédéric Vitoux, Le Nouvel Observateur)

Pour une critique voir l'actu du noir, le blog de Jean Marc Laherrère

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10 juin 2009

Citoyens Clandestins__ DOA

Citoyens clandestins publié chez Gallimard/Folio policier est l’œuvre d’un auteur au pseudonyme mystérieux : DOA (dead on arrival : sigle médicolégal américain). Ce romancier et scénariste propose ici de nous faire pénétrer à l’intérieur des rouages des opérations clandestines menées sur le territoire français par ses services secrets. A la manière d’un Ellroy, il brode à partir de la réalité (ici le 11 septembre et la crainte d’actions terroristes islamistes) une intrigue à la fois impressionnante et simple, mais surtout très plausible.

 

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La manipulation des médias, le double jeu de l’Etat et les intérêts divergents de ses représentants, les antagonismes entre les très nombreux services (police, officines privées, RG, DGSE, DRM et autres renseignements militaires) et leur tentative de collaboration, le stricte cloisonnement des opérations mettant en danger les agents eux-mêmes, le non respect des principes fondant notre état de droits sont admirablement décrits dans cet ouvrage qui préfèrent l’ultra réalisme aux effets et à l’action hollywoodienne des thrillers classiques.

 

Ici les personnages principaux ne sont pas des héros auxquels on s’attache (quoi que). Ils ressemblent plutôt à des pions d’un jeu qui les dépasse : le manipulateur est parfois manipulé, l’infiltré, qui risque sa vie à chaque instant, n’est qu’un outil pour sa hiérarchie, les journalistes sont instrumentalisés et sont loin de se douter où ils mettent les pieds, le tueur agissant sur ordre finit par être livré en pâture aux forces de l’ordre... Sans cesse sous tension, la plupart des protagonistes continuent leurs tâches (voire leurs basses besognes), malgré leurs tiraillements, en gardant toujours à l’esprit qu’ils le font clandestinement, sans porte de sortie et au péril de leur vie, car si l’ennemi ne les démasque pas c’est parfois leur hiérarchie elle-même qui se charge de les faire taire au nom du secret d’Etat ou du caractère exceptionnelle de la menace.

Un final, ce livre est une belle mécanique écrite au scalpel décrivant méticuleusement une réalité qui existe certainement derrière le paravent de la légalité.

Pour une interview de l'auteur : le site de bibliosurf (ici) à propos de son dernier ouvrage Le serpent aux mille coupures.

 

 

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26 janvier 2009

"Le temps de Franco" de Michel del Castillo

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Le premier mot qui vient à l’esprit quand on lit le récit (il ne veut pas parler de biographie) de Michel del Castillo, intitulé Le temps de franco, est « modération ». En effet l’écrivain espagnol, fils d’une mère républicaine ayant subit les affres du franquisme et lui-même opposant au Caudillo, essaie de dresser un portrait du dictateur le plus objectif possible, celui d’un militaire « chimiquement pur » (et non pas un fasciste au sens politique du terme), serviteur absolu de l’Etat, légaliste, engoncé dans les vieux principes conservateurs surannés d’une Espagne traditionnelle à la puissance perdue. Cet homme indécis et peu brillant, qui s’est révélé dans la guerre et les faits d’arme au Maroc, croit incarner l’Espagne à lui seul. C’est pourquoi tout est acceptable, selon lui, pour parvenir à ce qu’il pense nécessaire à la sauvegarde de son pays menacé par le communisme (son obsession), même les pires horreurs (celles de Franco la muerte comme le chantait Ferré) sur lesquelles d’ailleurs l’auteur ne revient guère les considérant comme des faits historiques incontestables.

Cet ouvrage est aussi une critique des nombreuses biographies partisanes consacrée à Franco, qu’elles soient élogieuses ou faisant de lui un monstre absolu (en lui donnant un tel rôle on en fait une personnalité extraordinaire, ce qu’il n’est pas). En cela Del Castillo fait œuvre d’historien, en homme libre libéré des idéologies. Toutefois ces constantes références à d’autres ouvrages peuvent gêner le lecteur qui ne les a pas lu (comme moi).

Ce livre, surtout consacré à la période républicaine et à la guerre d’Espagne, est aussi l’occasion pour l’auteur, fervent républicain, de dénoncer les dérives qui ont conduit l’Espagne à la folie, notemment l’incurie des républicains et le rôle déterminant et sanglant des communistes téléguidés par Moscou (et le Komintern) et faisant fi de l’intérêt du pays.

 Finalement cet ouvrage « apaisé » est intéressant car il permet de donner une image plus précise de Franco et de son régime, loin des querelles partisanes et idéologiques.

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10 décembre 2008

C'est vrai que c'est beau une ville la nuit !

Le bouquin de Bohringer est un blues, une introspection emplie d'humanité, un rêve éveillé sur des cauchemars passés mais aussi sur de belles rencontres, sur cette amitié, sur sa fille et sur cette blonde qui vous font avancer même quand on est échoué sur la banquette d'un bar dans ces heures pales de la nuit où même les chiens ne rêvent plus...

"Je crois savoir pourquoi les poètes sont malheureux. Parce qu'ils sont du signe de l'invisible. Que leur façon d'aimer est mystérieuse et souvent sans gloire"


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La minute prescrite pour l'assault

     Ce roman de Jérome Leroy nous décrit de manière très réaliste comment pourrait se dérouler la fin de notre monde dans un futur très proche.
L'action se déroule en France assaillit d'immigrants climatiques, aux banlieues transformées en zones indépendantes où patrouilles des milices privées et des escadrons de la mort. Une France exsangue qui est menacée comme le reste du monde par les retombées de la guerre nucléaire entre l'Inde et le Pakistan, un virus mortel et par un jeu vidéo rendant fou les enfants aux quatre coins de la terre.

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     Dans ce roman l'intrigue est très secondaire, elle est avant tout un prétexte afin d'extrapoler un futur proche et surtout afin de critiquer notre société frileuse, peureuse et bien pensante qui court à sa perte comme des boutons vers l'abatoir, c'est à dire bien docilement, en prenant soin de ne protester uniquement que quand le feu vert de la pensée autorisée nous le permet. C'est à ce titre que ce roman est distrayant.
    Un conseil ne regarder pas le zaping télévisuel immédiatement après avoir lu ce livre car vous pourriez croire qu'efffectivement la fin du monde est en marche...

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03 novembre 2008

L'effet tequila

roloL'effet tequila est un polar dans la lignée des polars que publiait la série noire il y a une dizaine d'année, léger, drôle et ironique (parfois trop), enfin en apparence...

Cet ouvrage de Rolo Diez, ancien prisonnier politique argentin, obligé de s'exiler en 1977 en Europe (France, Italie, Espagne) avant de s'installer en 1980 à Mexico, nous raconte les aventures d'un flic corrompu, obsédé sexuel, souteneur, quasiment polygame et plutôt sympathique, lancé dans une enquête obscure, prétexte à suivre l'énergumène dans ses actions quotidiennes.

Un livre léger donc où la corruption généralisée du pays nous apparaît folklorique et amusante... jusqu'aux dernière pages où l'on s'aperçoit que derrière ce paravent pittoresque des hommes et des femmes souffrent. C'est ça l'effet tequila.                

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02 novembre 2008

De Niro's game

De Niro's game se déroule au Liban en 1982 en pleine guerre civile opposant les diverses factions ethniques et religieuses de du pays. C'est dans ce contexte que deux adolescents (le narrateur et son ami), chrétiens maronites francophones, tentent de vivre, perdu dans une ville (Beyrouth) en proie aux bombardements quotidiens.

Entre normalité et violence, petits boulots, arnaques, mort de proches et amours de jeunesse, ce livre nous fait approcher l’absurdité des guerres civiles, à l’image du passage où deux tireurs embusqués de confessions différentes prennent bien soin de ne pas se toucher et discutent entre deux assauts.

 

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En outre cet ouvrage éclaire certaines images qui sont restées gravées dans mon esprit depuis mon enfance comme celle des attentats frappant l’ambassade des USA et l’hôtel des parachutistes français en 1983. C’est encore les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila (16 & 17 septembre 1982 – entre 700 et 3500 morts), perpétrés par les milices chrétiennes sous les yeux de l’armée israélienne.

Massacres évoqués dans le livre, point culminant de l’évolution d’un des jeunes protagonistes emporter par la guerre, sa folie, ses doctrines, ses excès en tout genre (drogues, torture…) et le sentiment de puissance qu’une arme et l’appartenance à un corps peuvent procurer.

Un univers où l’innocence ne dure pas longtemps, où l’on s’amuse à la roulette russe comme Robert de Niro, celui de Voyage au bout de l’Enfer, un film sur la violence et la force de l’amitié qui explique le titre du roman.

 

Un tel contexte pousse le narrateur à fuir le Liban comme l’a fait l’auteur lui-même (Rawi Hage a quitté le Liban pour les USA avant de s’installer au Canada). Il veut se rendre à Rome, il arrivera à Marseille puis à Paris où il sera accueilli par la famille de son ami perdu. Une dernière partie qui m’a beaucoup moins convaincu, notemment le dénouement et l’apparition du Mossad (services secrets israéliens). 

 

Au final un bon roman à la fois instructif et plaisant.

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