24 juillet 2009
I think I smell a rat !
Une aventure de Morrison, un Irlandais qui a fuit son pays il y a des années, pourchassé par son passé violent et le souvenir de celle qui a péri par sa faute...
Restau dans le trou du cul du monde : Santa Clara, Texas.
Comptoir. Gros plan sur une côte de porc rissolant de graisse et haricots rouges.
Je n’ai pas trop faim et pourtant il y a des jours que je n’ai pas mangé chaud, que je n’ai pas pris de douche ; des semaines que je n’ai pas eu de réelle conversation avec quelqu’un ; des mois que je n’ai pas baisé… et des années sans voir mon pays.
Gorgée fraîche de root beer et coup d’œil derrière moi sur le parking : ma Cadillac 59 rouge bonbon, brille au soleil de midi, malgré la poussière et les éraflures. Mon seul bien, ma seule richesse, un V8 sur le retour et un coffre rempli de bouquins. Un flingue aussi.
La clim du restau glace la sueur le long de mon dos. La bouffe passe pas, rien à faire. Je sors mon jeu de carte fétiche, jauni et écorné. Je le mélange et tire une carte. l’As de pique, encore une fois ! ça ne pouvait pas être la dame de cœur pour changer…
La serveuse, une fille de 20 balais plutôt mignonne, mi-texane, mi-chicanos : vous n’avez pas faim monsieur ?
- Non, ça ne passe pas, je suis désolé.
- Un dessert ?
- Non merci , une autre bière seulement.
Elle se retourne et ouvre un frigo derrière elle.
Je la regarde et murmure doucement à moi même, tout en poussant du bout des doigts ma bouteille vide : J’ai rencontré une dame dans les prairies, si belle, une enfant de fée ; ses cheveux étaient longs, son pied était léger, et ses yeux étaient sauvages.
- Pardon ?! dit-elle en me tendant une bouteille recouverte de givre.
- Rien, laissez tomber, je me rappelai simplement d’un vers de Keats, un poète anglais…
Elle essuie ses mains mouillées le long de sa blouse rose et me demande si je suis écrivain ou journaliste.
Pas le temps de répondre. La sonnerie de la porte d’entrée me commande de la fermer. Deux uniformes m’encadrent. Deux adjoints du shérif. Un gros et un petit. Deux mecs qui foutent en l’air toute la théorie de l’évolution : si l’homme descend de l’animal, son ancêtre n’est certainement pas singe mais le cochon…
Le gros porc interpelle son congénère : Je trouve que ça sent le rat ici, pas toi !
Le petit verrat opine du chef tout m’examinant de haut en bas.
Je porte le long goulot de la bouteille à ma bouche et avale une grande rasade de bière.
- Gros porc : Nous on aime pas les rats ici ! hein
- Petit verrat : Ouais, comme le vieux Johnson qui les piège par centaine et les accroche à sa clôture pour faire marrer les gosses du coin.
Une dernière gorgée avant de descendre de mon tabouret. Un billet, qui paie bien plus que ce que j’ai consommé, reste sur le zinc. Direction la porte vitrée.
- Gros porc : Bon Juanita, tu bouges ton jolie p’tit cul et tu nous apportes de quoi bouffer.
- Elle : Un peu de patience, ça arrive.
- Petit verrat : Eh, je t’ai connu plus rapide certains soirs…
Sonnerie derrière moi et montée brutale de température. Je suis mort de fatigue, il faut que je me repose.
23H47, on frappe à ma porte, merde ! pas moyen d’être tranquille. Mon bras se tend vers l’applique murale.
Lumière tamisée, serviette éponge autour de la taille et casque de walkman sur tissus vert bouteille élimé.
- Oui, qu’est-ce c’est ?
Une voix de femme répond et bafouille un charabia d’excuses.
J’entrouvre la porte : blouse rose, longs cheveux bruns, pieds légers et yeux sauvages.
- je suis désolée, je… je ne voulais pas vous déranger, mais, je voulais vous prévenir que Billy Bob et Johnny veulent vous faire du mal.
- Les deux porcs !?
- Quoi ?
- Les adjoints du shérif…
- Oui.
Elle m’explique qu’elle les a entendu parler de moi ce soir, au bar. Que j’aurai dû quitter le comté. Que ce sont des hommes violents. Qu’ils lui font peur.
Je la fait entrer et lui offre un verre de whiskey, dans un gobelet en plastique qui fait office de verre à dent, et m’excuse pour ma tenue. Elle boit quelques gorgées, grimace à la première mais pas à la seconde.
- Je ne comprends pas pourquoi vous me dites tout ça ?
- Vous avez été gentil avec moi. J’ai entendu votre poème. On ne m’a jamais rien dit d’aussi gentil. D’habitude, les garçons disent seulement que je suis le meilleur coup de toute la région.
Yeux sauvages mouillés et main légère courant le long du cou jusqu’au premier bouton de sa blouse. Son souffle s’accélère et sa bouche s’entrouvre comme un bouton de rose, un frais matin d’été. Puis son visage s’approche doucement du mien.
Je la repousse, mes deux mains sur ses épaules, et tente de lui expliquer qu’une femme peut offrir à un homme bien d’autres choses que son corps ou son cul en guise de remerciements. Elle renifle, acquiesce d’un mouvement de tête et m’embrasse quand même. Malgré moi, ma bouche s’ouvre et mes bras l’enlacent. On Irlande, on dit qu’il ne faut jamais refuser les avances d’une fille de fée…
3H12. Le sommeil ne vient toujours pas. Le visage de Patricia se dessine en cristaux liquides dans mon esprit. Je revis, comme à chaque fois, les jours heureux de mon passé, quand nous nous blottissions aux creux de l’autre, à l’abri de la folie du monde. Chaque détail m’assaille. Le moindre de ses soupirs raisonnent encore dans mes songes.
3H48. Patricia rit et se moque de mes principes de macho irlandais.
4H37. Patricia, un peu saoul, me crie son bonheur à la sortie d’une boite de nuit.
5H09. Patricia me murmure à l’oreille ses désirs intimes, couchés dans une vieille chambre d’hôtel de Belfast.
6H01. Contact froid d’un téléphone sur mon oreille et Patricia, en pleurs, qui me demande de fuir l’Irlande, quelques heures avant que mes amis l’assassinent par ma faute.
Et c’est coupable que le sommeil me saisit enfin et me condamne.
J’ouvre la porte, mon sac de sport carré sur l’épaule. L’air frais me caresse le visage.
Je fais une dizaine de pas avant d’apercevoir deux porcs qui reluquent ma tire. Le gros a posé son cul massif sur ma portière et bouffe un hamburger dégoulinant de sauce. L’autre semble fouillé dans mon coffre. Oreilles qui bourdonnent et cœur qui bat. Faut que je me calme. Surtout ne pas faire de vagues.
Quelques pas supplémentaires. J’y crois pas ! Johnny le verrat en train de pisser dans mon coffre, en train d’uriner sur mes livres ! Le salaud va le payer, adjoint du shérif ou pas.
Mon sac tombe de mon épaule et atterrit dans la poussière ; les jointures de mes mains craquent et se remémorent un passé peu glorieux dans les quartiers ouvriers de Belfast ; mon cœur s’accélère et mes idées s’enchaînent à vitesse grand V.
Pas le temps d’approcher. Gros porc me tient en joue avec son pétard :
- Où tu crois aller comme ça ?
Pas de réponse, je serre les dents.
- Allez monte dans
- Et toi aussi, tu nous accompagnes, baragouine Johnny le freluquet, tout en remontant sa braguette d’une main et en désignant Juanita de l’autre. Cette idiote a eu la mauvaise idée d’apparaître dans l’encadrement de la porte.
- Ouais, Billy Bob adore les petites pipes matinales…
Le sale petit verrat éclate de rire, la bouche grande ouverte : dentition mordorée et odeur de chiottes.
Gros plan sur le groin de Billy Bob :
- tu t’arrêtes ici.
- Ici ?
- Ouais, c’est la mine du vieux Johnson, on va vous faire visiter.
Fin de la course, au milieu de nul part : un chemin cabossé, du sable et l’entrée d’une mine abandonnée depuis des lustres. Frein à main, clef de contact. J’attends la suite du programme les deux mains posées à plat sur le volant.
Soleil qui chauffe et oiseaux planant au-dessus de nos têtes, des putains de vautours. J’ai l’impression de rêver ; il ne manque plus que John Wayne…
Les deux flics sont descendus de voiture. A coté d’eux, Juanita attends docilement, comme elle le fait depuis qu’elle est née. Billy Bob et Johnny s’approchent de ma portière, hilares et fières d’eux. Des ersatz de Laurel et Hardy avec chapeaux de cow-boys et étoiles de shérif.
Ma main gauche actionne doucement la poignée de la portière.
Mon grand sourire les fait encore plus rigoler.
Ma main droite tâtonne sous mon siège.
J’éclate de rire à mon tour.
Des larmes commencent à se mêler à la sueur sur leurs visages, tellement ils se poilent.
Ma main gauche pousse la portière alors que la droite se resserre autour de la crosse mon calibre.
La portière est ouverte.
Les deux abrutis en uniforme continuent de rire.
Mon pied gauche se pose sur le sol poussiéreux.
Mon bras droit se tend.
BLAM.
Gros porc s’écroule et petit verrat à le sourire qui se fige.
- Bouge pas ou je te bute aussi !
Billy Bob se tord de douleur, une tache vermillon sur le bide. Il crie comme un cochon qu’on égorge.
Tics nerveux sur le visage de Johnny et voile noir devant mes yeux.
Juanita tremble de la tête aux pieds, les mains devant la bouche comme une prière.
Je lance à Johnny d’une voix qui me surprend moi même :
- Bon, on la visite cette putain de mine…
Johnny ne veut pas perdre la face. La raclure de bidet a du cran.
- Johnny : Tu pourras pas t’en sortir, t’es mort mec !
- Moi : Je m’en fous, je suis déjà mort y’a longtemps…
- Johnny : Et tout ça pour une pute chicanos que tout le comté a baisé…
- Juanita : Tue le, tue le, ce salopard !! Les ongles de ses mains s’enfoncent dans les muscles de mes épaules nouées.
- Billy
Bob : Arghhhh…
Le sang bat à mes tempes comme jamais. Mon champ de vision se réduit à sa plus simple expression et mes yeux ne voient plus qu’en noir et rouge. Je déraille complètement et commence à me prendre pour John Wayne ou le grand inquisiteur :
- Un mec qui ne respecte ni les femmes ni les livres ne mérite pas vivre.
Une putain de réplique de cinéma, un sermon à la con, le même genre de connerie qui m’a séparé à tout jamais de celle que j’aimais.
Je prends Juanita par la taille, direction la sortie. Les petits yeux rouges nous font une haie d’honneur. Juanita titube accrochée à mon bras.
Goût métallique dans la bouche et maux de tête.
Ce connard va crever là, attaché à son pote. Je me retourne vers lui, les muscles du cou tendus comme un arc, les mâchoires serrées et le regard perçant :
- Johnny, tu ne trouves pas que ça sent le rat ici ?!…
01 mai 2009
" Alors que tout le monde s’agite en quête d’une mort grande ou petite,
Je reste figé comme un vieux rocher au milieu du courant, une pierre trop lourde comme paralysée par ses atermoiements.
La liberté ! Certes…
Je ne sais pas s’il est libre Max, moi, je ne l’ai jamais vu voler…"
22 février 2009
Les chemins de grande route
" Nous marchions ensemble
depuis la dernière glaciation, clopin-clopant sur les chemins de grande route là
où bien d’autres contempteurs de la race humaine usent leurs semelles.
Ma sybarite compagne se
lassait pourtant de cette vie d’errance, elle qui fut jadis courtisane des
somptueuses cours d’Orient et d’Occident. Elle me parlait souvent des nuits
orgiaques qu’elle avait connues dans les palais romains du cruel empereur
Domitien et la volupté ressentie dans les bras des roi Moghols.
Moi je ne disais rien. Je
restai muet à contempler les constellations d’étoiles qui se succédaient dans
ses yeux. J’y voyais Cassiopée régner sur son Ethiopie lointaine et sa fille
Andromède épouser Persée ou bien encore la faible lueur rougeâtre de Proxima du
Centaure où jadis nos bottines ailées nous avaient porté.
Nous marchions tous les
jours à travers le monde poussés par une force irrésistible qui nous avait fait
quitter le jardin d’Eden, un jour de mai vers vingt heures trente. Nous
n’avions déjà plus d’illusions quant au devenir de la race humaine. Et
pourtant…
Amoureux éternels, nous
avions souffler à l’oreille d’un scribe indien tous les secrets de l’amour
charnel. Il ne se passait pas un jour où nous n’aiguisions pas nos sens aux
plaisirs.
La nuit, nous
griffonnions des messages obscènes au plus profond des grottes. Nous évoquions dans
ces gravures pariétales nos sabbats antédiluviens où les corps se mélangeaient
dans des transes animales. Nous étions des bêtes. D’ailleurs, bien souvent, ils
nous arrivaient d’hurler à la mort, les soirs de pleine lune, au sommet d’une
colline ou d’un promontoire rocheux.
Nous marchions ainsi
depuis la dernière glaciation, traînant nos guêtres sur les chemins de grandes
routes, balisés de charniers. Une voie pavée de crânes et d’os brisés, ou nos
pas raisonnaient de milliards de souffrances.
Aucun dogme ne
m’influençait pourtant. Tu étais ma seule idole : tes cheveux, tes
yeux , tes seins et ton cul, oh oui ton cul ! image terrestre de ton cœur
merveilleux.
Maintes fois je t’ai
vu brûler sur un de ces bûchers dressés à Grenade, Toulouse ou Tenochtitlán. Je
t’entendais rire au milieu des flammes qui dansaient et te léchaient. Un rire
de démente. Jamais tu ne te souciais de
la haine, des quolibets et des crachats de la foule répugnante, celle qui rampe quotidiennement vers sa mort. La
féminité et le savoir terrifient toujours la masse qui préfère défiler au bruit
des bottes ou des chaussures à crampons.
Combien de fuites et
d’exodes avons nous connu ? Peu importe car nous étions réunis sur ces
chemins de grande route le long desquels nous campions chaque nuit sous la pale
lumière de l’astre lunaire. Nous nous blottissions l’un contre l’autre sans
nous soucier de nos haillons et de nos corps crasseux. Nos lèvres se
mélangeaient et nos âmes conversaient…
…comme elles conversent
encore, quand dans notre couche blottis, nos corps cheminent au son de ta
bouche ravie, sur ces chemins qui nous conduisent tout droit dans ces contrées
voluptueuses qui sont les notre depuis la dernière des glaciations, il y
quelques millions d’années, quelques jours, quelques secondes, une éternité...
06 février 2009
~~
" Je ne suis qu’une surface sur laquelle je glisse
Lisse et bien trop polie pour mes goûts d’arlequin
Une paroi régulière sans accrocs, sans rien
Où pourtant bien trop
souvent un froid intense s’immisce "
~~
02 février 2009
*
***
*****
"L’Aurore,
C’est comme une aube gracieuse qui réchauffe les artères,
Un anticorps sensuel au spleen.
Et peu importe ton style !
Car ton style c’est ton cœur comme disait le poète, un vieux gueulard déplumé au look de gypaète
Ce cœur, c’est ma bouée quand œuvre la tempête
Désormais, je peux dire, comme cette étoile polar américaine qui te faisait rire :
"Maintenant je sais" ! Je sais pour qui je suis fait."
*****
**
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01 février 2009
" Le sombre rideau n’en finit
pas de se déchirer
Et pourtant l’éclair s’est tut, l’orage est terminé "
30 janvier 2009
" Comme un raton laveur dans une cage d’escalier, j’essayai en
vain de me défaire de cette étrange impression qui me tenaillait depuis que
hier matin
" J’avance vers toi et je te regarde droit dans les cieux.
Le ciel est ton visage et les nuages tes cheveux "
26 novembre 2008
Le chien
Y’a des jours
comme ça où j’voudrais être un clébard
Pour pouvoir
m’saouler la gueule seul au fond d’un bar
Pour être
attaché à une chaîne comme un bon père peinard
Pour aboyer à
la lune et vous emmerdez tard !
Ouais
j’voudrais être un sale clebs, un pauvre petit bâtard
Pour pisser
sur vos roues à vous les faire rouiller
Pour courir
après vous et vous mordre le lard
Pour baiser
Daisy, le caniche bouclée qui rôde dans le quartier
Pourquoi
j’suis pas un chien, un beau représentant de la gent canine
Mais pas une
bête à concours que l’on présente en vitrine
Non juste un
animal qui se roule dans la boue et pisse sur vos roues
Un sale emmerdeur, un pitbull, un fou.
Le serpent
C’était une pièce emplit de lumière
Je fermai les yeux et entamai une prière
Devant moi, un serpent aux écailles miroirs
Reflétaient ton image dans un beau noir ivoire
Ses yeux m’ensorcelaient comme, jadis, les tiens
La sentence fut capitale et le droit régalien
Le reptile m’entoura et me serra si fort
Que mon cœur ressortit par ma bouche
C’est pourquoi, désormais, je peux dire que je t’aime !

